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Le Kosovo aura bientôt deux synagogues

Au Kosovo, la communauté juive compte moins de 400 personnes. Le pays pourrait bientôt se doter de deux synagogues, à Pristina et à Prizren, même si la coexistence de ces deux projets sème la zizanie.

C’est à proximité du Parlement kosovar, dans le centre-ville de Pristina, que devrait se dresser prochainement une synagogue. “Nous attendons le feu vert des autorités pour démarrer la construction. Elle sera à moins de 300 mètres de la dernière synagogue, qui a été détruite en 1963 par le régime communiste. Elle ne sera pas énorme, mais ce sera assez pour la communauté juive du pays”, explique Ruzhdi Shkodra, président de lassociation BET Israël Kosovo, qui organise les activités culturelles des juifs de Pristina avec le soutien de l’Etat israélien.

Des juifs sont présents au Kosovo depuis le XVe siècle, à la suite de leur expulsion d’Espagne et du Portugal. A la veille de la Première Guerre Mondiale, ils étaient environ 1750. Après la Seconde guerre mondiale, ils n’étaient plus qu’une centaine. Aujourdhui, les derniers juifs du Kosovo vivent à Pristina et à Prizren.

Dans cette derniere, située à 80 kilomètres au sud de la capitale, un autre projet de synagogue est sur les rails. “Au premier étage, il y aura un musée juif et au deuxième, un lieu de prière”, détaille Votim Demiri, président de la communauté juive de Prizren. L’immeuble qui a été choisi, une vieille bâtisse jaunie et murée, était une ancienne maison de retraite. “C’est un projet financé en grande partie par une fondation américaine et par le ministère de la Culture du Kosovo”, confie Votim, qui veut en faire “un lieu ouvert à tous”.

C’est ce bâtiment qui va être transformé en musée juif et en synagogue, à Prizren. (Crédit photo : Fanny Rocher)

Les deux futures synagogues du pays devraient voir le jour en 2020. Mais elles sont devenues un sujet de discorde dans la communauté juive du pays. Les groupes de Pristina et de Prizren ne s’entendent pas. Les juifs de Prizren contestent en effet l’identité juive de ceux de Pristina. Votim Demiri l’affirme: “Au Kosovo, il n’y a de juifs qu’à Prizren. A Pristina, ce sont des manipulateurs qui veulent bénéficier des avantages que donne le fait d’être juif au Kosovo, peste le chef de la communauté. Pour lui, il n’y a « que 56” juifs au Kosovo, ceux qui vivent dans sa ville.

Avant la guerre du Kosovo, en 1999, la plus grande partie de la communauté était à Pristina. Puis beaucoup de juifs sont partis en Israël”, insiste-t-il.

Le chiffre avancé par Votim Demiri est contesté par le BET Isräel Kosovo, qui compte “86 familles juives au Kosovo, dont 27 à Pristina”, soit environ “400 membres de la communauté”. Le désaccord explique la volonté de construire deux synagogues distinctes, pour une communauté pourtant réduite. “C’est possible de faire une synagogue à Pristina. Mais je suis contre, il n’y a pas de juifs là-bas. Si on fait une synagogue, il faut des fidèles qui y viennent”, peste Votim Demiri. 

C’est à proximité du Parlement kosovar que sera la synagogue de Pristina va être construite. (Crédit photo : Fanny Rocher)

Les tentatives de réconciliation semblent vaines. “L’Histoire nous a appris à être actifs et soudés. En 2008, Belgrade a donc voulu unifier notre communauté. Mais Votim n’a pas voulu en faire partie”, regrette de son côté Ruzhdi Shkodra, à Pristina.

Si les juifs des deux villes se déchirent à propos de leurs lieux de cultes, ils s’accordent cependant sur un point : l’atmosphère de tolérance religieuse qui existe au Kosovo. “Nous n’avons jamais eu de problèmes d’antisémitisme. Et je vous dis ça d’expérience. Il n’existe pas ici”, affirme Ruzhdi Shkodra. Votim Demiri approuve: “La tolérance, ici, est installée depuis longtemps, dit-il. Si vous longez la rivière de Prizren, vous allez trouver une église catholique, une église orthodoxe, la grande mosquée, une école orthodoxe et un bâtiment chiite”.


Fanny Rocher