/La voyance, une manière de se rassurer face aux difficultés du pays

La voyance, une manière de se rassurer face aux difficultés du pays

Au Kosovo, la voyance est un sujet tabou. Mais nombreux sont ceux qui ont recours à des « diseuses de bonne aventure », pour évoquer aussi bien des sujets de coeur que de portefeuille. Rencontre avec une voyante de Pristina.

Installée sur son canapé dans un vieil appartement de Pristina, Kujtesa, 42 ans, tient son jeu de tarot en mains, minutieusement emboîté dans un petit coffret coloré. Cette voyante habite la capitale du Kosovo, et exerce ses activités depuis une quinzaine d’années. Dans ce pays, les consultations divinatoires sont courantes.

“Dites-moi toute la vérité s’il vous plaît ». C’est la première phrase que Kujtesa entend à chacune de ses consultations, nous explique-t-elle. « Pour moi, ce n’est pas dur de tirer les cartes et répondre aux questions de mes clients. Mes guides spirituels et mon intuition me guident et m’aident à transmettre le message”, fait savoir celle qui a fait de la voyance son métier à plein temps.

Cartes de voyance. Credit photo : Voyance et avenir

Besoin de croire en quelque chose

Dans un pays qui a connu récemment un conflit, et qui est encore en construction, le domaine de voyance ne connaît pas la crise. Kujtesa explique qu’on la consulte non seulement pour être averti de l’avenir, mais souvent pour se rassurer face à des situations pesantes. Les clients viennent souvent pour fuire un quotidien compliqué, confie-t-elle.

Dans l’ambiance obscure de son appartement, la voyante souligne les deux raisons qui poussent ses client à venir lui demander ce qu’elle pourrait prévoir. Elle raconte que des femmes viennent régulièrement la voir pour des questions de coeur. Mais, on la consulte aussi pour y voir plus clair sur de futurs examens ou des concours.

Dans son cabinet, il lui arrive aussi de croiser des joueurs de football qui veulent savoir s’ils seront mieux payés à l’avenir. « Mes clients viennent me voir souvent, presque tous les trois mois surtout pour des questions d’argent. Ça les rassure. » Et les séances avec Kutejsa peuvent ne pas coûter cher: cinq euros avec des cartes.

Jusqu’à huit clients par jour

Malgré le succès de la voyance, cette pratique reste taboue. Parmi les clients que nous avons pu croiser, aucun n’a souhaité s’exprimer sur ces consultations. Les voyants peuvent avoir l’image de charlatants. Une situation que Kujtesa réfute en mettant en avant le succès de son cabinet. « Personnellement, je peux recevoir jusqu’à 8 personnes par jour. Je pense que dans ce petit pays plus que la moitié de la population a déjà consulté une voyante« , lâche-t-elle.

Cette voyante assure que la voyance est un business. Mais nul besoin de qualification ou d’un diplôme pour exercer. « Il faut juste savoir rassurer le client et le convaincre de ce don », conclut-elle.

Rasha Miled