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La ligne Pristina-Belgrade, une possible avancée historique

Le 20 janvier dernier, le Kosovo et la Serbie ont annoncé le rétablissement de vols directs entre leurs capitales, après plus de 20 ans d’interruption. Un pas important dans les négociations de paix entre les deux pays. Mais la ligne se met difficilement en place.

 « C’est une étape importante pour la circulation des citoyens et le processus de normalisation ». Sur Twitter, le président kosovar Hashim Thaçi se félicite. Quelques heures plus tôt, la compagnie aérienne Lufthansa publiait une « lettre d’intention » signée par la Serbie et le Kosovo, pour rouvrir la ligne entre Pristina et Belgrade, après 21 ans d’interruption. Une décision aussi saluée du côté de la Serbie. « Nous sommes prêts pour le dialogue », a indiqué le chef du bureau du Kosovo et de la Métochie, Marko Duric, sur Radio Beograd.

Un accord signé sous l’égide de l’ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, Richard Grenell, qui est aussi l’envoyé spécial de Washington pour les négociations de paix entre la Serbie et le Kosovo, scelle cette avancée historique. « Le rôle de l’ambassade américaine a été crucial”, souligne Eset Berisha, le directeur de l’Autorité de l’Aviation Civile du Kosovo (CAA). Le dernier vol direct commercial entre les deux villes remonte à 1998, avant la guerre qui a opposée les Albanais du Kosovo et la Serbie.

Pas encore de date de lancement

La liaison devrait être assurée par la compagnie Eurowings, la filiale low-cost de Lufthansa. Mais pour l’instant, il n’y a pas encore de date de lancement, ou d’information sur les fréquences des vols. Selon Eset Berisha, il faut d’abord régler « quelques détails techniques », comme la coordination entre les autorités pour transférer l’avion d’une juridiction à une autre. Pour le chef de la CAA, « il n’y a pas d’autres obstacles, pour le Kosovo » à la mise en place de cette ligne.

Ce n’est pas le point de vue du gouvernement serbe, qui conditionne le lancement de cette liaison à l’abandon de la taxe de 100% sur les produits serbes, imposée depuis 2018 par Pristina, dans le bras de fer qui oppose les deux pays.

Autre question encore en suspens: quels documents pourront être utilisés pendant le voyage? Car la Serbie ne reconnaît pas le passeport kosovar, pas plus que le Kosovo n’accepte les passeports délivrés par Belgrade aux personnes ayant leur résidence au Kosovo. Pas un problème pour Eset Berisha, qui assure que « les accords sur la coopération en matière de gestion des frontières s’appliqueront sur ce vol ». Les citoyens pourraient donc voyager avec leurs pièces d’identité.

Trop cher?

Reste à savoir quel impact aura réellement cette ligne, au delà de l’importante charge symbolique. Comme le souligne la journaliste Nevena Radosavljevic sur le site de Balkan Insight, la plupart des Serbes du Kosovo, qui pourraient être intéressés par cette ligne, habitent dans le Nord du pays. Il faut environ cinq heures pour aller jusqu’à l’aéroport de Pristina, et ensuite partir à Belgrade. C’est la même durée pour un voyage en bus, mais avec un prix beaucoup plus important. Une manière de nuancer l’effet réelle de la ligne pour la population. Mais cela pourrait faciliter les échanges économiques entre les deux pays. « Voyager en avion de Pristina à Belgrade pourrait être utile à une classe privilégiée, explique la journaliste, mais pas à la majorité des citoyens qui préféreront probablement prendre le bus pour des raisons économiques. »

Constance Cabouret

Crédit photo: Marvin Mutz/Wikimedia Commons.