/Face à la pollution de l’air, le Kosovo manque de souffle

Face à la pollution de l’air, le Kosovo manque de souffle

Le Kosovo et notamment sa capitale Pristina atteignent des taux de pollution de l’air très élevés. Un phénomène difficile à endiguer pour un jeune pays doté d’importantes ressources en charbon et dont le développement économique reste la priorité.

Elle se ressent particulièrement dans la capitale kosovare lorsque les températures descendent en-dessous de zéro. En plus de l’habituel trafic de voitures, la pollution atmosphérique de Pristina est alors renforcée par les émissions de gaz liées au chauffage. « Pendant l’hiver, il y a des jours où l’on peut à peine voir la ville », évoque Learta Hollaj, chercheuse à l’Institut de politique de développement.

Parmi les principales causes de la pollution figurent les rejets de fumée des voitures. « Beaucoup de gens pauvres conduisent de vieilles voitures qui fonctionnent au diesel. Ce sont les modèles rejetés par les pays d’Europe occidentale », explique Länder Islami, co-fondateur de Prosperity in Kosovo, une ONG qui, entre 2013 et 2018, a tenté de s’attaquer au problème avec le soutien de l’Unicef. D’après Nazmi Krasniqi, conseiller politique au ministère de l’Environnement, un tiers de la pollution atmosphérique au Kosovo serait ainsi uniquement dû aux transports.

Chaque année, les véhicules kosovars doivent pourtant passer un test d’émissions de gaz pour être autorisés à circuler. Un contrôle qui donne lieu au paiement d’une taxe. Mais les alternatives manquent pour inciter les Kosovars à délaisser leur voiture. « Nous manquons de transports en commun alors que le sujet est sur la table depuis des années », déplore Länder Islami. Les seuls transports en commun sont des bus, pas toujours aux normes. « Le métro est inenvisageable à Pristina mais des études sont actuellement menées sur la faisabilité d’un réseau de tramway dans la capitale », explique Nazmi Krasniqi.

La sortie compliquée du charbon

Autre facteur de pollution, la production d’électricité. Dans le pays, les centrales à charbon fournissent ainsi 85% de l’électricité. Le Kosovo dispose ainsi des troisièmes réserves européennes de charbon, et des cinquièmes au niveau mondial. « Il est donc difficile d’envisager la construction d’une nouvelle centrale électrique qui n’en utiliserait pas car c’est la seule ressource dont nous disposons en abondance. Nous avons de quoi en brûler pendant 300 ans ! » décrypte Nazmi Krasniqi.

Le gouvernement kosovar a néanmoins récemment interdit le recours à cette énergie fossile pour chauffer les bâtiments publics comme les écoles. De même, seule la KEK (Kosovo Energy Corporation) est désormais autorisée à vendre du charbon. Une tentative pour en faire baisser la consommation.

La centrale d’Obiliq fonctionne au charbon et fournit de l’électricité pour une grande partie du pays. (Crédit photo : Timothée Talbi)

Résultat, certains se tournent vers les marché illégaux du charbon ou du bois pour se chauffer, ce qui a pour conséquence de favoriser la déforestation. « La réponse à ce problème ne peut pas être soudaine et doit être graduée », insiste Nazmi Krasniqi. La Banque mondiale refuse de financer le projet de la nouvelle centrale électrique qui serait construite aux abords de Pristina, pour un coût supérieur à un milliard d’euros. Pour Learta Hollaj, « ce n’est plus économiquement viable d’investir dans le charbon. Les suites du projet auront un impact décisif sur les futures politiques environnementales au Kosovo. »

Depuis dix ans, l’Agence japonaise de développement et l’Union européenne ont installé des moniteurs à travers le pays pour mesurer la qualité de l’air, dont six dans la seule ville de Pristina. En décembre dernier, l’ambassade américaine a relevé dans la capitale un niveau de particules en suspension quatre fois plus élevé que le maximum recommandé. Accessibles au public, les résultats des capteurs ont motivé plusieurs manifestations contre la pollution au cours des dernières années.

A la tête du service environnemental et énergétique de la municipalité de Pristina, Jehona Mavraj considère que ces mouvements de protestation, essentiellement portés par la jeunesse kosovare, ont eu un impact sensible. « En venant jusque devant le ministère de l’Environnement, les manifestant ont forcé une mise à l’agenda de la problématique », estime-t-elle. Chaque année, la ville alloue deux millions d’euros pour faire appliquer les mesures gouvernementales en la matière.

L’année dernière, Pristina a enregistré des niveaux de pollution atmosphérique proches de ceux de Pékin. (Crédit photo : Timothée Talbi)

Alors que le Kosovo vient de recevoir une subvention européenne de 80 millions d’euros pour réduire les émissions d’une de ses centrales, Learta Hollaj dresse un bilan mitigé de la situation : « Il y a eu quelques mesures mais pas de véritables progrès pour l’instant. L’année dernière, Pristina a été la ville la plus polluée d’Europe et figurait parmi les premières places mondiales, aux côtés de villes comme Pékin. » Mais la chercheuse ne tient pas le gouvernement comme unique responsable : « Les citoyens kosovars ont aussi un rôle à jouer dans la réduction de la pollution de l’air et nous finançons des initiatives locales allant dans ce sens. »

En poste depuis deux ans, Nazmi Krasniqi observe que certains ministères ont plus de poids que d’autres dans les choix politiques. Et que les pouvoirs publics privilégient souvent le développement économique aux enjeux environnementaux. Surtout, le conseiller souligne la nécessaire fin des tensions avec le voisin serbe : « Tant que la situation ne sera pas réglée avec la Serbie, le Kosovo ne pourra pas intégrer certaines instances internationales et bénéficier de leurs aides annuelles. Actuellement, celles-ci nous sont indispensables pour financer une vraie politique environnementale. »

Timothée Talbi