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Le site archéologique d’Ulpiana sort lentement de terre

A quelques kilomètres de Pristina, les vestiges d’une ancienne cité romaine s’étendent sur 120 hectares. Mais seulement 3% des ruines peuvent être visitées. En cause, des problèmes économiques et administratifs qui freinent la mise en valeur de lieux.

A la sortie de Graçanica, au sud de Pristina, des terres agricoles s’étendent à perte de vue. Entre deux terrains, sous une épaisse couche de neige, on aperçoit les restes d’une nécropole, où trône un sarcophage en marbre. Une centaine de mètres plus loin, les vestiges d’un ancien mur de pierre serpentent à travers le champ.

Voilà tout ce qu’il reste d’Ulpiana, une cité construite il y a 1900 ans par l’empereur romain Trajan. Un site d’une importance majeure, qui était la capitale de la Dardanie, une province romaine comprenant le Kosovo et quelques régions d’Albanie et de Macédoine.

3% des vestiges visibles

« Le site intramuros représente 35 hectares. Si on ajoute les alentours, ça fait 120 hectares. Aujourd’hui, nous n’avons même pas dégagé 3% des vestiges. Il y a des travaux pour des générations d’archéologues », plaisante Arben Hadjari, professeur d’histoire à l’Université de Pristina. Une formidable destination pour les spécialistes des fouilles, un peu moins pour les touristes, puisque l’essentiel des vestiges, enfouis, leur restent inaccessibles.

L’an dernier, les ruines ont néanmoins accueilli 35.000 visiteurs. Soit 15.000 de plus qu’en 2016, année d’ouverture du parc. Un bel essor ? Sans doute. Mais le site pourrait attirer bien davantage. Sinon quelques pancartes explicatives traduites en plusieurs langues, les infrastructures d’accueil sont inexistantes. Pas de restaurants ni de toilettes, pas d’agents de sécurité ni de magasins de souvenirs… Seuls quelques cabanons avec des tables et des chaises sont installés.

Si le parc peine à se développer, c’est d’abord pour des raisons économiques. « L’archéologie, ça coûte cher », souligne Enver Rexha, le directeur de l’Institut de l’Archéologie du Kosovo. Car il faut financer les fouilles, mais aussi l’analyse des objets trouvés, conserver les vestiges… « Et nous manquons d’équipements. Par exemple, nous n’avons pas de laboratoire pour faire de la datation par le carbone 14, nous devons donc compter sur des partenaires étrangers pour ces analyses », explique-t-il.

Partenariat avec l’ENS

L’institut et le département d’archéologie de l’Université de Pristina multiplient donc les partenariats, notamment avec l’Institut allemand d’archéologie ou l’université turque Mimar Sinan. « Les bâtisses et la basilique ont été fouillées grâce à l’université d’Istanbul », précise Arben Hadjari. Plus récemment, c’est l’Ecole normale supérieure de Paris qui a signé une convention. « Ici, nous n’avons pas tous les spécialistes. Nous n’avons pas, par exemple, d’archéozoologues ou de céramologues. C’est pour ça que nous avons vraiment besoin de partenaires ».

Un fonds d’un million d’euros a notamment été attribué par l’Union européenne. Une somme providentielle. « On va pouvoir peut-être doubler l’espace qui est actuellement ouvert au public visitable », se félicite le professeur. A entendre Enver Rexha, ces partenariats ne sont d’ailleurs pas seulement économiques, mais aussi scientifiques. « L’archéologie, ça ne se fait pas tout seul dans son coin, mais aussi avec des collègues étrangers. C’est le cas au Kosovo, comme dans tous les pays », rappelle-t-il.

Un site archéologique sur des terrains privés

Autre particularité d’Ulpiana : ce site s’étend sur 17 terrains privés. Le ministère de la Culture doit donc les louer à leurs propriétaires. « On a préparé les documents pour que l’Etat puisse les acheter », indique Enver Rexha. Mais les acquisitions s’annoncent très compliquées car les propriétaires sont serbes. «Acheter ces terres pourrait avoir des connotations politiques, analyse Arben Hadjari.

Sur place, la cohabitation entre communautés ne poserait pourtant pas vraiment problème. « Nous, nous ne voulons pas mélanger science et politique, assure le professeur. On travaille tous ensemble : l’été, les ouvriers sont souvent serbes, il y a des étudiants de l’Université de Mitrovica [une autre enclave serbe], qui viennent aussi nous aider. »

Une vision positive partagée par Enver Rexha, qui fait preuve d’un bel optimisme. « La mise en valeur du parc archéologique avance lentement. Nous n’en sommes encore qu’à la première étape, explique-t-il. Mais on prévoit de fouiller de nouvelles zones cet été. On veut aussi faire venir davantage de visiteurs. Donc créer des cafés, des boutiques de souvenirs. » En faire un grand site touristique, en somme.

Constance Cabouret