/“Le défi majeur au Kosovo, c’est le redressement économique”

“Le défi majeur au Kosovo, c’est le redressement économique”

Le Kosovo dispose d’un nouveau gouvernement depuis ce lundi 3 février. Dans ce pays qui compte 1,8 million d’habitants, les difficultés sont multiples. Docteur en sciences politiques à l’université de Pristina, Anton Vukpalaj liste les défis qui attendent le nouvel exécutif.

Lechosovo: Avec la victoire de Vetëvendosje (centre-gauche) aux élections législatives d’octobre 2019, peut-on dire qu’une page a été tournée dans l’histoire du Kosovo ?
Anton Vukpalaj: C’est difficile à dire parce que ce n’était pas une victoire écrasante. Le système électoral kosovar ne permet pas d’avoir des partis majoritaires capables de gouverner seuls. Mais c’est un changement important dans le sens où Vetëvendosje est un nouveau parti qui n’a jamais eu le pouvoir au niveau national. En revanche, ce n’est pas une révolution car il devra coopérer avec d’autres partis, en l’occurrence la LDK (Ligue démocratique du Kosovo, centre-droit).

Quelle est la priorité du nouveau gouvernement ?

Le défi majeur, c’est le redressement économique. Même s’il y a eu des progrès, l’économie du Kosovo est dans un très mauvais état. Il va surtout falloir réduire le chômage car il est extrêmement élevé [30 % pour la population active et 52 % chez les jeunes, NDLR]. Il y a une jeunesse très nombreuse au Kosovo puisque 60 % de la population a moins de 30 ans. Mais on a eu du mal à créer de l’emploi car le secteur privé reste aujourd’hui très faible. Le gouvernement a proposé de créer une banque avec un fonds pour soutenir les compagnies privées. Il souhaite aussi attirer les investisseurs étrangers en promettant que les firmes qui viendraient au Kosovo ne seraient pas taxées. C’est une façon de créer un environnement plus favorable.

Quels autres défis faudra-t-il relever dans les prochaines années ?
Il y a la question de la reconnaissance du Kosovo car le pays ne fait pas partie de toutes les organisations internationales. L’autre problème, c’est la corruption. Depuis très longtemps, nous avons un système clientéliste, dans lequel l’attribution des emplois est basée sur l’appartenance politique plutôt que sur la méritocratie. Il faut donc changer ce système. L’une des mesures à prendre, c’est de choisir des gens qui sont apolitiques et professionnels, plutôt que des gens proches des partis. Cette dépolitisation risque du prendre du temps. Ça dépasse le mandat de ce gouvernement, mais si on peut faire des petits pas, ce serait déjà bien. Enfin, il y a le problème de la pollution, car le Kosovo utilise beaucoup de charbon pour produire de l’électricité. Nous avons ici une centrale thermique datant des années 60 ! Pour l’instant, il est difficile de la remplacer ou d’importer de l’énergie. Le ministère de l’Environnement a beau exister, son budget est très faible.

Dans quel secteur économique le Kosovo peut-il tirer son épingle du jeu?
L’agriculture. Pour l’instant, le pays pâtit d’un sous-développement flagrant dans ce domaine, alors que le Kosovo dispose de terres très adaptées à la production agricole. On peut aussi parler du tourisme, en hiver. Les montagnes du Kosovo pourraient permettre de développer des stations. Aujourd’hui, c’est un secteur qui est totalement sous-développé.

Pendant la campagne électorale, Vetëvendosje proposait l’unification du Kosovo avec l’Albanie. Est-ce réaliste ?
C’était surtout un argument électoral. Je ne pense pas que cela puisse se réaliser parce que, lors de sa création, le Kosovo a été conçu de telle sorte qu’il ne puisse pas s’unir avec l’Albanie. Pour cela, il faudrait changer la Constitution, et pour la changer il faut avoir une majorité des deux tiers, ce qui est très difficile compte tenu des minorités. À mon avis, cela n’arrivera pas, ni sous ce gouvernement, ni sous les suivants. Il y a des défis beaucoup plus importants que cette question d’unification.

Alexandre Cool

Crédit photo: Alexandre Cool