/Intégrer l’Otan, un enjeu majeur pour une armée naissante

Intégrer l’Otan, un enjeu majeur pour une armée naissante

En décembre 2018, le Parlement kosovar a acté la transformation de ses « Forces sécuritaires » en une armée officielle. Le but: renforcer sa souveraineté nationale et, à long terme, intégrer l’Otan.

L’annonce avait divisé la population du pays et provoqué la colère de la Serbie. Depuis deux ans, le ministère de la Défense travaille sur la création d’une armée nationale, par le renforcement des effectifs de la FSK (Forces sécuritaires du Kosovo), fondée au moment de l’indépendance.

« La transition devrait prendre une dizaine d’années, débute le commandant Rrahman Rama. Nous en sommes à la seconde phase, qui est de construire de nouvelles structures, de signer de nouveaux contrats d’équipements, et de former de nouveaux soldats. » Aujourd’hui composés de 2.500 membres, les effectifs de la future armée du Kosovo devraient atteindre 5.000 soldats actifs, et 3 000 réservistes.

Des chiffres qui, selon le commandant, ne devraient pas être difficiles à atteindre. « Il y a un réel engouement des jeunes Kosovars pour l’uniforme, affirme-t-il. Pour notre dernier recrutement l’année dernière, nous avons reçu pas moins de 7.000 candidatures, pour 700 places. »

Une grande implication des Etats-Unis

Pour former ses nouvelles recrues, la FSK travaille selon « les standards de l’Otan« , assure le commandant. Déterminés par les accords « Stanag », ces standards sont définis par des normes opérationnelles et techniques précises, comme les tactiques militaires, ou encore les technologies d’armement.

Pour le Kosovo, le développement selon ces normes se fait avec pour objectif à long terme d’intégrer l’organisation internationale. Mais le Kosovo devra affronter un premier obstacle: quatre membres de l’alliance transatlantique (l’Espagne, la Grèce, la Roumanie, et la Slovaquie) ne reconnaissent pas son indépendance proclamée en 2008. « Nous mettons tout en ordre pour intégrer l’Otan, affirme le commandant Rrahman Rama. C’est pour cela que nous nous organisons selon leurs standards, et que nos soldats vont se former dans des écoles militaires de l’organisation. » Aussi, et malgré le désaccord de certaines nations, le ministère de la Défense du Kosovo bénéficie d’un grand soutien des Etats-Unis, leur « plus grand supporter et conseiller.« 

Le commandant de la FSK, Rrahman Rama (à gauche), en visite officielle aux Etats-Unis en juin 2019. L’armée américaine est d’un grand soutien dans le processus de transition de l’armée kosovare. (Crédit photo : ministère de la Défense du Kosovo)

De nouvelles missions à l’international

Si la désignation des Forces Sécuritaires a été modifiée par la loi pour utiliser le terme « armée », le commandant Rrahman Rama l’assure, « il n’y a pas de différence sur le fond. Nous allons simplement avoir plus de moyens, afin de devenir plus professionnels. » Les principales missions de l’armée du Kosovo restent donc les mêmes: maintenir la sécurité dans le pays, mais aussi apporter un soutien militaire aux autorités civiles en cas de catastrophe, comme cela a été le cas pendant le tremblement de terre de novembre 2019 en Albanie.

La FSK compte également poursuivre ses opérations de déminage au sein du pays. « Au Kosovo, nous avons toujours plus de 1.000 champs que nous devons encore déminer, et c’est un travail qui devrait nous prendre une bonne dizaine d’années« , explique le commandant.

La seule nouveauté réside dans l’engagement des troupes kosovares à l’international. Selon le commandant Rrahman Rama, le Kosovo devrait prochainement s’engager en dehors de ses frontières, une première dans l’histoire du plus jeune pays d’Europe. « Quelques uns de nos soldats vont bientôt partir en mission de maintien de la paix au Moyen-Orient« , dévoile-t-il.

Ce soutien à des opérations extérieures, le commandant le voit aussi comme une forme de remerciement. « Globalement, nous avons offert à tous nos partenaires de leur apporter un soutien militaire à l’étranger. C’est notre façon à nous de les remercier de leur aide pendant la guerre, et de leur soutien pour la reconnaissance du Kosovo comme un pays indépendant« , juge-t-il. En officialisant son armée, le Kosovo espère ainsi s’affirmer comme une nation souveraine, alliée aux plus grandes puissances du monde.

Alice Ancelin

Crédit photo : Ministère de la Défense du Kosovo