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Uta Ibrahimi : femme, alpiniste et Kosovare

Uta Ibrahimi est la première femme kosovare à avoir gravi l’Everest, en 2017. Elle y a gagné une grande popularité dans son pays. Depuis, l’alpiniste tente d’être un modèle et s’engage pour l’égalité des sexes et l’environnement.

22 mai 2017. Uta Ibrahimi entre dans l’Histoire en devenant la première femme kosovare à gravir l’Everest, le plus haut sommet du monde. A 8848 mètres, elle devient une icône au Kosovo.

A l’époque, elle fait sensation en postant sur les réseaux sociaux un selfie d’elle, en haut de l’Everest, avec à la main, les drapeaux kosovar et albanais. “C’était la première fois que ces drapeaux étaient brandis, c’était un symbole très important et une grande fierté”, explique-t-elle.

Au sommet, Uta Ibrahimi vit un moment « indescriptible« . « Quand vous êtes sur le toit du monde, vous avez l’impression de voir les choses sous un angle totalement nouveau”, se souvient-elle en souriant. “C’était le moment le plus fort de ma vie”, confie timidement l’alpiniste aux cheveux blonds et aux yeux bleus.

Photo : Uta Ibrahimi (Facebook)

Pourtant, rien ne prédestinait Uta Ibrahimi à se distinguer dans cette discipline. Née en 1983 à Gjilan, à l’est du Kosovo, elle découvre l’escalade et la randonnée sur le tard, en 2010, alors qu’elle est étudiante en marketing à l’université de Pristina. “J’ai commencé à faire des randonnées parce que je voulais davantage être en contact avec la nature. J’en avais marre d’être en ville. Je voulais me reconnecter avec moi-même”, explique-t-elle. 

Plus tard, elle travaille pour une agence de marketing et commence à faire de plus en plus de sport. En 2015, elle gravit le Mont Blanc. “J’ai découvert que c’était ce que j’aimais vraiment faire. C’était à mi-chemin entre passion et travail”, décrit-elle. La jeune femme abandonne son poste en agence et devient guide de randonnée.

Peu après, elle ouvre son entreprise, Butterfly Outdoor Adventure, qui propose des circuits en pleine nature au Kosovo.“C’est mon bébé, j’y ai mis énormément de travail”, explique l’athlète. “Je continue à être guide une partie de l’année. Il y a des montagnes magnifiques ici qui sont encore méconnues. J’aimerais changer l’image du Kosovo et changer la mentalité des gens”, poursuit-elle. 

Depuis 2015, Uta a gravi cinq sommets dépassant les 8000 mètres, sur les quatorze existants dans le monde. Ses expéditions sont financées par ses sponsors, dont Puka Beer, marque de bière albanaise. Dans les prochaines années, elle espère avoir vaincu les quatorze sommets, à raison de deux par an. Un pied-de-nez à ceux qui ont douté de sa qualité d’alpiniste en raison de son sexe. “Il y a beaucoup à faire en termes d’égalité des sexes. On m’a beaucoup dit que je n’allais pas y arriver parce que j’étais une femme. Je veux servir de modèle aux jeunes filles et leur montrer qu’elles aussi, elles peuvent prendre un risque et y arriver”, décrit-elle.

Photo : Uta Ibrahimi (Facebook)

Dans ce but, la championne intervient souvent en public. “De plus en plus de personnes m’écrivent sur les réseaux sociaux et me disent qu’elles aimeraient que leur fille me ressemble. Je reçois plein de photos de petites filles avec la même coiffure que moi. Ça me rend très heureuse”, dit-elle en agitant son carré blond. 

“Je veux pousser les gens à faire ce qu’ils aiment. C’est toujours dur au début mais il faut persévérer, et aller jusqu’au bout. Les gens me disent “si toi, tu as grimpé des montagnes, alors moi je peux courir encore quelques kilomètres”, sourit-elle.

Cet engagement lui vaut depuis 2018 le titre de championne en développement durable (Sustainable Development Goals Champion), décernée par les Nations Unies pour promouvoir l’égalité des sexes et la défense de l’environnement. Ces causes sont chères à l’athlète, préoccupée par les effets du réchauffement climatique. “A Pristina, la qualité de l’air est très mauvaise. Au Kosovo, il y avait beaucoup de lacs dont on pouvait boire l’eau. Mais ils sont tous asséchés. L’électricité est chère ici, donc tout le monde se chauffe au charbon. Il faut que ceux qui nous gouvernent trouvent d’autres options”, s’indigne-t-elle. Pour porter son message, Uta va également dans les écoles. “Je me déplace partout en vélo. Je fais ça pour montrer aux gens que c’est possible”, explique-t-elle.

Et l’avenir dans tout ça ? Ses engagements publics lui prennent de plus en plus de temps : “Parfois, j’aimerais me consacrer uniquement à l’alpinisme. Mais je ne peux pas être égoïste comme ça. Les gens m’ont soutenue, c’est ma responsabilité”.

Fanny Rocher

(Crédit : Utalaya.com)